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Contes et légendes

Denis Mochet

Denis MOCHET est un artisan du rythme musical et de la parole. Musicien, conteur, conférencier, après plusieurs années d’expériences il s'aventure dans le domaine de l'écriture, d'abord pour adapter des contes traditionnels pour ses spectacles, puis pour la création d’œuvres originales. Certaines d'entre elles seront adaptées en version radiophonique pour les Créations Artistiques Maurice Clément-Faivre et en livre audio pour PhB Productions. Depuis 2014, il est membre de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) et de la Société civile des auteurs multimédia (Scam).

Bouche Cousue

Un jour, dans un pays pas très loin d’ici, un enfant s’est arrêté de parler.
Alors, le chat, à côté de la cheminée a demandé : « pourquoi ? »
Mais l’enfant n’a pas répondu, et le chat, ce jour-là, n’a pas ronronné.
Alors la maison a demandé : « pourquoi ? »
Le chat a répondu : « l’enfant ne parle plus, alors moi, j’arrête de ronronner. »
Ce jour-là, la maison n’a pas ouvert ses volets.
Voyant cela, les fleurs du jardin ont demandé : « pourquoi ? »
La maison a répondu : « l’enfant ne parle plus, le chat ne ronronne pas, alors moi, je n’ouvre pas mes volets. »
Ce jour-là, dans le jardin, les fleurs ont baissé la tête.
Etonné, le chemin a demandé : « pourquoi ? »
Les fleurs du jardin ont répondu : « l’enfant ne parle plus, le chat ne ronronne pas, la maison n’a pas ouvert ses volets, alors nous, les fleurs, on baisse la tête. »
Ce jour-là, le chemin a décidé de ne pas mener au jardin…et le travail des champs n’a plus su par où passer.

Dessin enfant maison jardin ciel sq

Alors tout s’est arrêté et le soleil s’est dit : « à quoi bon briller ? »
Le ciel est devenu tout noir et la nuit a envahi le pays.
Seule une étoile est restée accrochée…Pourquoi ça ? Personne ne le sait…
Ce qui est sûr, c’est que l’étoile a glissé un rêve, un petit rêve de rien du tout jusqu’au cœur de l’enfant.
Dans ce rêve, il y avait des histoires, les histoires d’avant la guerre que lui contait sa grand-mère.
Les images de ces histoires étaient belles, si belles qu’elles ont fait revenir les mots à la bouche de l’enfant.
Le chat a entendu l’enfant parler. Alors, il s’est remis à ronronner.
Du coup, la maison a ouvert ses volets. 
Les fleurs ont relevé la tête.
Le chemin a de nouveau mené au jardin.
Le travail des champs a recommencé.
Le soleil s’est remis à briller…
Et la vie a repris comme avant. Et comme avant, les histoires ont fait naître des rêves dans la tête des enfants.

Coordonnées : Denis MOCHET
Association « A Fleur de Peaux »  -  42, rue du pont Ginguet - 03000 MOULINS
https://www.a-fleur-de-peaux.fr/ -  06 12 35 76 00  -  denismochet@aol.com

Légendes traditionnelles du Bourbonnais

La fade de Bourbon-l’Archambault

La région de Bourbon-l’Archambault entre les rivières de l’Ours et de la Barge possédait autrefois un manteau d’épaisses forêts.
Le Bocage était peuplé de dryades, de nymphes et de fées. Les gens du pays les réunissaient sous le nom de fades.
Les fades vivaient farouches et solitaires et s’occupaient peu des hommes. Elles ne leur faisaient pas de mal et parfois même elles leur rendaient des services. Mais les anciens recommandaient de ne pas les approcher.

Il y a bien longtemps, il y a des temps et des temps, après une belle journée de printemps, le soleil s’inclinait à l’horizon. Déjà les canards quittaient le milieu des étangs pour regagner leurs nids. Les oiseaux, devenus silencieux se blottissaient dans les verdures naissantes, les fourrés s’agitaient au passage des cerfs, des loups, des renards, des sangliers ; toutes les bêtes nocturnes s’éveillaient : les chauves-souris tourbillonnaient, chouettes et hiboux commençaient à ululer. Les ondes du soir envahissaient doucement la terre. Leur opacité allait permettre au ciel de se consteller d’étoiles.

Trois bergers s’éloignaient des prairies à la tête de leurs troupeaux. Ils aperçurent une jeune chevrière qui, debout parmi les frondaisons, surveillait une chèvre noire en train de manger les jeunes pousses des halliers. Elle leur était inconnue, aucun d’eux ne l’avait encore rencontrée.
Ils la hélèrent. Elle ne leur répondit pas.

La nuit arrivait à grands pas et il leur sembla que la chevrière et sa bête se fondaient dans l’obscurité, s’évanouissaient peu à peu comme un fantôme, un être immatériel. Ils prirent peur.
- C’est peut-être une fade ? dit le plus ancien.
Inquiets et silencieux, ils poursuivirent leur route.

Trois jours de suite, à la même place et à la même heure, les bergers revirent la chevrière et sa chèvre noire. Ils l’interpellèrent en vain chaque fois. Le troisième jour, le plus vieux d’entre eux, un vieillard à barbe blanche, leur dit :

- Pourquoi vous entêter à vouloir parler à cette fille ? Elle ne vous répond pas. Laissez-la donc tranquille. Je vous l’ai dit le premier jour où nous l’avons aperçue : « C’est une fade !». Peut-être est-ce la gardienne de la source et du trésor des fées de la forêt ? Mes grands-parents prétendaient que lorsqu’on essaie de l’approcher, c’est le malheur qu’on rencontre.

- Quand même, répondirent les deux plus jeunes, nous saurons qui elle est !
Et tous deux se mirent à courir vers la chevrière.
Quand celle-ci les vit venir, elle prit la fuite avec sa chèvre. Ce fut une course folle à travers les bois, les bosquets, les clairières, les ruisseaux et même les étangs. La jeune fille et sa chèvre sautaient les haies, bondissaient par-dessus les fossés, sans toutefois distancer les deux jeunes gens qui, eux, ne parvenaient pas à la rejoindre. Elle arriva devant un marécage et s’y engagea sans que ses pieds, d’une légèreté aérienne, s’y enfonçassent. Ses poursuivants, dans la crainte de s’enliser, n’osèrent se risquer à la suivre.

Sous une énorme pierre plate posée sur d’autres pierres levées au milieu de la tourbière, la fille et sa chèvre s’engouffrèrent. Les jeunes bergers attendirent dans l’espoir de la voir réapparaître.

Ce fut de la fumée qu’ils virent sortir de la cavité. Une épaisse vapeur monta, gagna le ciel étoilé et y forma un nuage épouvantablement noir qui l’obscurcit. Des éclairs ne tardèrent pas à le zébrer et s’accompagnèrent du vacarme du tonnerre. Les deux bergers épouvantés rebroussèrent chemin.
Ils ne virent pas la fade s’éloigner quelques instants après. Car c’était bien elle, ainsi que leur vieux compagnon l’avait dit, la gardienne de la source. Elle emportait dans les plis de sa robe l’amphore souterraine d’où sortait l’eau qui donnait sa fécondité à la forêt, assurait aux prairies leur verdure et leurs fleurs.
Prise d’effroi à la pensée que son secret était découvert et malgré la fatigue qu’elle ressentait de sa course, la fade venait de décider de transporter sa fontaine très loin de là. Elle n’en eut pas la force et tomba sur le sol à côté de sa chèvre noire. Dans sa chute l’amphore se brisa en trois morceaux qui rebondirent au loin dans trois endroits de la région.
Chacun d’eux contenait de l’eau qui, en se répandant, amorça les trois sources de la Trollière, de Theneuille et de Saint-Pardoux.

 

D’après Octave-Louis Aubert / adaptation Noël Delmat

Il était deux fois

Date de dernière mise à jour : 23/02/2026

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